samedi 12 novembre 2011

Une nouvelle : La dernière rue.


Pour une fois, je ne vais pas poster de dessin mais une nouvelle. Je l'ai écrite à l'occasion d'un concours, je n'ai pas été primée :( mais le jury a apprécié. Intelligente comme je suis, j'ai fait un hors sujet, ben quoi !?
Il va sans dire que cette nouvelle est protégée par des droits d'auteur et que je m'auto-envoie, pour plus de précautions, mes propres textes, cachet de la poste faisant foi.

Trêve de paranoia, je vous laisse lire et surtout j'attends vos critiques, et au passage si vous trouvez des fautes... (euh oui, je suis loin, mais loin d'être incollable) eh bien, signalez-le moi . Allez, tous à la lecture!
            
 La Dernière rue


Un jour, dans ma rue, alors que je fumais une cigarette au pas de ma porte, une silhouette morbide apparut subitement, tétanisant les derniers enfants qui jouaient au ballon en rêvant de devenir, très improbablement, le nouveau pied en or. La seule chose que leurs pieds pouvaient, dans l'immédiat, leur offrir était de vite s'enfuir et de se réfugier dans un lieu sûr et inaccessible : le ventre de leur mère? Mais ils n'étaient pas les seuls à avoir une peur ineffable. Je n'étais pas loin de frôler la crise cardiaque, mon cœur en balbutiait. Je refermais violemment la porte de ma maison et m'arc-boutais sur celle-ci, comme si mon corps frêle pouvait faire face aux forces du Mal présentes dans ma rue. Car c'était bel et bien les forces du Mal. Je l'avais bien écrit dans mes nombreux ouvrages. Je les avais prévenus qu'en 2050 le Mal ne grignotera plus nos âmes mais il les croquera à pleines dents, des dents aiguisées de haine et de vengeance. Dans Diabolus, j'ai écrit d'une main fébrile que le Diable sillonnera les rues du monde à la vitesse du vent. Et que, bientôt, il sera question de la nôtre ; paradoxalement, elle portait le nom de "rue des Anges". Mais on m'avait rit au nez.

"Notre rue est protégée!", m'avait lancé mon voisin, sir John. "Ça ne nous arrivera pas!". Pourtant, mon personnage principal était bien là. Je pouvais fermer les yeux et voir cette forme immonde dans mon esprit. Il portait une soutane noire qui cachait sa longue silhouette squelettique. Sous cette robe d'outre-tombe, ses prunelles brillaient de feu et de flammes, comme deux portes ouvertes sur l'Enfer. Son regard vous perçait et vous pénétrait comme une lame de glace jusqu'au plus profond de vos entrailles. Elle vous déchirait tout ce qu'il y a de plus intime. Vos distorsions ne feraient qu'empirer votre mal, et rester figer, vous plongerait dans les profondeurs abyssales de la terreur. J'avais peur. Je sentais presque sa respiration être en harmonie avec la mienne, juste là, derrière ma porte. Il m'en voulait, je le savais, je le sentais. En plus de la concordance de nos souffles, voici son esprit qui communiquait avec le mien. Je fermais toutes les portes de mon esprit et je doublais de concentration afin de ne pas céder à la tentation de devenir l'un de ses adeptes. Je résistais. Il ne fera pas sauter le verrou de ma lucidité. Il n'assombrira pas ma raison. Je resterais clairvoyant et me retrancherais en moi dans les recoins qu’il ne pourra sonder. Son rire cynique retentit en moi avec la force d’un séisme. Mon âme en fut étourdie et faillit tressaillir. Dieu merci, les fondations restèrent intactes. Je me sentais, cependant, comme nu ; il pensait en moi, répondait en moi, se moquait en moi mais il n'était pas moi. Je m'accrochais aussi à mon cœur. Ce cœur dépourvu de malice. Je susurrais quelques prières fermement. Je le sentais au seuil du précieux organe qui faisait de moi encore un homme digne, un homme debout. Ce psaume mélodieux qui calma quelque peu la tempête interne, distordit le Malin mais il ne l'anéantit point. Il voulut me troubler en évoquant ma certaine conversion. Mes prières se faisaient dans la tourmente. Il cherchait à me dissoudre par son esprit maléfique, me réduire à l'état de larve, m'ôter toute résistance et lui obéir aveuglement. J'étais maître de moi-même. Il avait une force incroyable, je le concédais. Cependant, j'évitais de le penser trop longtemps, il n'en serait que plus orgueilleux et ses coups seraient plus rudes. Par un processus que je ne pourrais expliquer, je sentais la porte se désagréger sous mes bras - n'était-ce pas le diable pour se permettre de telles prouesses? Il me fallait vite me retrancher. Mais où? Quel était ce refuge qui pourrait me préserver d'être à la merci du mal personnalisé ? Nulle part. Quand soudain, sa voix gutturale faillit percer mes tympans. Il me délivra un message qui me réjouie et me terrifia à la fois: « J'aime les hommes qui résistent, je savoure en eux leur courage abjecte et stupide. Leur dévouement à la dernière miette de bonté qui reste sur terre. Ce siècle ne m’a que trop habitué à des proies faciles, à des sous hommes que je guide par les narines, des bêtes que j’ai domestiquées… Va, je te laisse un répit qui en est pas un. Souffre donc ! Je n'en savourais pas moins ton âme et ton esprit pétrit par la peur et l'angoisse."

Un mal terrible sévit en moi. À croire qu'il s'était extirpé de ma chair comme on extirpait des veines à vif. Puis une accalmie. J'essuyai d'un revers de la main mon front tiède et froid. Mon cœur se calmait sans pour autant être rassuré. Il reviendra, il me l'avait promis. Que faire lorsque qu'on se savait condamné à finir sous le joug de Lucifer ? Je voyais sur mon bureau mon manuscrit intitulé Les derniers hommes. C'est alors que la réponse s'imposait à moi. Etant un écrivain connu et reconnu, il me fallait retranscrire les faits. L'ouvrage - encore à l'état de feuilles - sera peut-être un vestige que des générations futures d'une race improbable, une race certainement maléfique, que je ne peux ou ne veux imaginer, pourront déchiffrer et ainsi comprendre leur présent. Je me saisis de ma seule arme, mon plume, et écrivit avec boulimie:

" Nul n'est sans savoir que depuis de nombreuses années, les forces du mal recrutent à tour de bras. L’équilibre binaire du mal et du bien s'est s’estompé depuis fort longtemps; seul le mal règne. Et nous étions dans l'opprobre que nous infligeaient nos traqueurs: les démons. Nous venons de dépasser ce stade. Aujourd'hui, le dernier territoire humain - bizarrement épargné jusqu'alors - vient de tomber. Notre rue a eu la visite du diable. J'ai eu la visite du diable. Mais je ne dois pas être le seul à avoir reçu ce visiteur indésirable, car soulignons que cet être de feu a cette capacité d'être avec moi et avec tant d'autres à la fois. Il y a eu un affrontement de taille entre nous; sans armes, sans coups, sans poings...si tel avait été le cas, nous aurions fait dans la dentelle. Non, rien de corporelle…Pas pour l'instant. Sa cible de prédilection, sa porte d'entrée, c'est l'âme ou l'esprit ou les deux à la fois. Peut-être fera-t-il, par la suite, de mon corps au moyen de mes propres doigts les pires sévices, les pires cruautés; une mort avant la mort. Je ne suis pas encore à ce stade. Je lui ai résisté grâce à mes prières. Mais il m'a promis de...

J’interrompis la course folle de mon plume car de ma fenêtre, j'entendis des cris qui me firent frissonner. Ma fenêtre étant un peu haute, je saisis une chaise et m'empressa de la monter. Un cauchemar, voilà quel était le spectacle. Les gens couraient dans tous les sens en cherchant où se terrer. Ils criaient et gémissaient comme des bêtes blessées. J'ai vu de mes yeux vu, Sir John flottait dans les airs. Les yeux exorbités de terreur, il regardait vers le sol qui s'éloignait de plus en plus de lui. Après de terribles tourments, il prononça des mots qui allaient changer le reste de sa vie et même de sa mort : "J'abdique! J'abdique le bien et me relie à toi Satan! Accepte mon dévouement" Rien de spectaculaire ne se produisit, si ce n'est qu'il redescendit sur le sol, lentement, la tête haute et droite comme un piquet. Cependant, lorsque son regard croisa le mien, je compris que Sir John était devenu aussi infréquentable que le diable lui-même. J'avançais le bras pour rabattre les volets, qui -je sais- seraient loin de me protéger mais dans ce cahot apocalyptique, mes mains produisaient des gestes anarchiques qui n'eurent que le mérite de me faire tomber de ma chaise. Je me relevais tout en étant habité par un sentiment de terreur mêlé à celui de la défaite ; je finirais comme sir John. Mais s'il ya une chose que je pouvais faire, c'était d'écrire le sort des derniers hommes que nous sommes, Nous, au rue des Anges. Je saisis une seconde fois mon plume. Comme si un compte à rebours s'était enclenché, je me hâtais d'écrire les faits les plus sataniques qui venaient de se dérouler sous mes yeux.

" De la fenêtre de ma chambre, j'ai vu Sir John, mon voisin abdiquer sous la contrainte de la force phénoménale du malin. Il n'a pas prié. Il était trop terrorisé pour prononcer le moindre mot. Et lorsqu'il en prononça, se fut dans le seul but d'apaiser la colère du démon. Je n'ai pas vu ce dernier proprement dit ni physiquement parlant. Mais j'en ai constaté les effets. Les enfants cherchaient les jupons de leur mère mais ces dernières, reniaient, à cet instant, les liens du sang et celles du cœur. Madame Rowenta, une sexagénaire à la limite de la paralysie avait pris ses jambes à son cou. Bien d'autres encore furent les acteurs forcés d'un film d'horreur. Le temps m'est compté. Je laisse donc au lecteur -y'en aura-t-il?- le soin d'imaginer tout mon effroi et toute la panique que j'eus face à cette terrible scène. Je crois qu'il ne me reste plus qu'une seule alternative: me suicider. Ma mort sera plus clémente que le fait de vendre mon âme au Diable. Si, un jour, quelqu'un me lit, la seule manière de vaincre le diable c'est de répandre le bien: penser à son voisin s'il a faim, tendre la main aux nécessiteux, écouter les maux des autres, oublier la notion du matérialisme, et apprendre celle du partage, se détacher de l'hypocrisie et s'armer de sincérité. N’oubliez pas, si une once de bonté subsiste encore dans vos cœurs, faites là fructifier et surtout...Mon heure vient de sonner. J'entends la porte trembler comme s'il s'agissait d'un tremblement de terre. J'aurai voulu écrire jusqu’à la dernière minute mais il me faut mourir digne.

Il était là devant moi. Il n'était pas seul. Il était accompagné de deux personnes aussi laides que lui. Il avait un large sourire qui me terrassa. Tout en avançant vers moi, il jeta un œil malveillant sur mes feuilles noires d’encre. Arrivé à mon niveau, il se pencha et me chuchota au coin de l'oreille:

- Ton sang que tu as fait gicler à coups de fourchette est bien là le pacte dont tu redoutais. Bienvenue en enfer!

Tout en susurrant ces mots lourds de sens, il me perça la peau avec un objet que je ne pus discerner. Cet acte eut pour effet de voir la transformation du diable. A partir de là, ses propos devinrent incohérents. Il parlait de feuilles blanches éparpillées sur le sol, de plume d'autruche brisée, de lit sous la fenêtre qui donnait sur le parc, de tentative de suicide ...Je ne savais pas ce qu’il m'avait injecté mais j'avais peur que le peu de raison qui me resta ne soit troublé, car entre la vie et la mort, alors que ses deux disciples m'emmenait je ne savais où, je jetais un regard sur ma demeure. Il y été inscrit: Service Schizophrénie.

3 commentaires:

  1. Schizophrènie... et quelques autres fautes dans ce texte à l'idée originale

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  2. Seul le "e" prend un accent aigu. Thanks.

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